J.-N. Tardy, L'Âge des ombres. Complots, conspirations et sociétés secrètes au XIXe siecle, Paris, 2015
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De la Seconde Restauration à la répression de la Commune de Paris, la
vie politique française présente l'étrange paradoxe d’une instabilité
extrême, entre révolutions et coups d’état, qui n’entrave pas la
diffusion d’une certaine modernité politique, celle du régime
représentatif, du suffrage universel masculin et du respect des libertés
politiques.
Dans l’histoire de la politique moderne, les improbables conspirations
tramées par de petites minorités organisées contre un État de plus en
plus puissant apparaissent bien étranges. Pourtant elles passaient pour
des événements importants, déplorables ou héroïques, relevant pleinement
du politique comme le démontrent la popularité des quatre sergents de
la Rochelle ou d’un Armand Barbès, les carrières d’un Philippe
Buonarroti ou d’un Louis-Auguste Blanqui, l’équipée de la duchesse de
Berry ou les tentatives malheureuses de Louis-Napoléon Bonaparte avant
qu’il ne devienne Napoléon III.
Événements mystérieux – dans tous les sens du terme – les complots,
imaginés, espérés ou redoutés, quelquefois menés à exécution, coïncident
avec le succès du Romantisme et la relance d’une politisation populaire
favorisée par la mémoire de la Révolution française. C’est à
l’exploration d’un monde délégitimé, largement tombé dans l’oubli, que
ce livre est consacré.
Il retrace le parcours comme les aspirations de ces acteurs particuliers
que sont les conspirateurs et les replace au sein de l’imaginaire
politique de leur époque. La conspiration y tient une place essentielle
mais fondamentalement bifide : héroïsée, son histoire rejoint les mythes
révolutionnaires, diabolisée, son récit se raffine jusqu’aux plus
noires théories du complot qui prolifèrent aujourd’hui.
