WHAT Populisme(s) en Europe, Colloquium & Call for papers
WHEN March 10-11 2016
WHERE Université François Rabelais de Tours, Tours
deadline June 1, 2015
Les élections qui se succèdent depuis une dizaine d’années en Europe ont vu émerger à droite des partis politiques que nombre d’observateurs se sont empressés de qualifier de «populistes». Ce terme générique a permis de regrouper sous une même appellation des partis ayant des traditions, voire des fondements idéologiques forts divers. En effet, alors que plusieurs d’entre eux s’inscrivent dans une tradition historique d’extrême droite, au demeurant plurielle, à l’instar du Front national français, du FPÖ autrichien ou du Vlaams Belang belge, d’autres puisent dans des traditions agrariennes de droite, tel l’UDC suisse de Chrisophe Blocher et Oskar Freysinger ou constituent des courants inédits, mêlant xénophobie et défense des valeurs libérales (droits des femmes, des homosexuels), comme le PPV de Geert Wilders l’incarne aux Pays-Bas. À cette pluralité de populismes droitiers s’ajoute le fait que depuis peu en Europe, des leaders charismatiques de formations de gauche, Mouvement cinq étoiles en Italie lancé par Pepe Grillo, Parti de gauche en France avec Jean-Luc Mélenchon, n’hésitent pas à plaider la souveraineté du peuple face à la confiscation du pouvoir par les élites politiques ou économiques inscrites dans des configurations supranationales.
Ce terme «populisme» paraît commode d’un point de vue sémantique, en ce qu’il permet de regrouper sous une même appellation des partis que beaucoup de choses opposent en dehors du rejet des élites «déconnectées» et/ou «corrompues» s’accaparant le pouvoir au détriment du peuple. Cependant, il s’avère pour le moins problématique dès lors que l’on tâche d’en préciser les termes, que ce soit dans ses dimensions historiques ou politiques. Cette complexité tient également à la polysémie du mot «peuple» susceptible de prendre différentes figures: plèbe, ethnie, classes populaires, ouvriers, nation, etc. D’où la difficulté de rendre ce terme opératoire en sciences sociales, qui tient autant à son caractère excessivement flou qu’aux enjeux politiques et idéologiques qui entourent son usage.
Nous souhaitons, lors de ce colloque, interroger l’actualité de l’émergence de ces mouvements dits populistes en Europe à travers quatre interrogations principales. Étant donné le flou conceptuel qui entoure le terme étudié, on privilégiera les communications basées sur de solides données empiriques ressortissant de perspectives disciplinaires variées (histoire, sociologie, science politique, ethnologie, droit, etc.).
Axe 1. Genèses et théories du populisme
Dans ce premier axe, il s’agira d’interroger la notion de «populisme», d’un point de vue d’analyse conceptuelle et/ou comparative. L’attention se portera en particulier sur les expériences politiques qui ont façonné le terme et les réflexions qui l’entourent, tels que (par exemple) le socialisme agrarien russe du XIXe siècle, les multiples mouvements états-uniens des XIXe et XXe siècles, ou encore les diverses expériences sud-américaines, du péronisme aux mouvements bolivariens. À la croisée entre études empiriques et analyses théoriques, l’enjeu sera de préciser ce qu’est le phénomène populiste, à la fois comme praxis, comme logique et comme projet politique, ainsi que son rapport ambivalent à la logique démocratique.
À travers la diversité des expériences et des mouvements, il s’agira de tenter d’identifier ce qui fait la spécificité du populisme, ce qui le distingue d’autres logiques politiques, mais aussi d’interroger sa plasticité et ses évolutions historiques. Le détour comparatif et conceptuel pourra ainsi déboucher sur l’étude critique des usages contemporains de la notion, en particulier son application à des mouvements européens contemporains extrêmement divers, nonobstant leurs modalités d’organisation et d’action différentes, aussi bien que leurs orientations politiques parfois radicalement divergentes.
